Un témoignage poignant
En cette journée commémorative du 25 septembre 2025, je souhaite particulièrement m’adresser aux descendants des harkis vivant actuellement en France, pour leur faire part de mon vécu et de mes souvenirs au sujet du courageux engagement d’une partie de l’Armée française entre 1962 et 1964 pour secourir leurs pères ou grands-pères, qui avaient combattu pour la France durant la guerre d’Algérie en qualité de harki.
Le contexte historique
À partir du cessez-le-feu de mars 1962, un certain nombre d’officiers présents en Algérie, connaissant le rôle joué par les harkis au sein de l’Armée française – et parfois même de leurs propres unités – n’ont pas admis que ces derniers puissent être abandonnés par la France.
En dépit des sanctions encourues, certains ont alors fait le choix de rapatrier illégalement des harkis en métropole. Ces actions courageuses furent sanctionnées. Le plus célèbre est le général François Meyer, alors lieutenant. Pour son action, il a été reçu en septembre 2021 à l’Élysée et décoré de la Grand-Croix de la Légion d’Honneur par le Président de la République, Emmanuel Macron.
L'épisode de Zéralda
En novembre 1962, à l’insu du gouvernement, des généraux d’Alger ont pris l’initiative d’ouvrir les camps et casernes de l’Armée française d’Algérie aux familles de harkis menacées, victimes de représailles du FLN pour avoir servi la France.
L’afflux fut tel qu’il fallut créer un camp de regroupement : le camp de Zéralda, géré par le 152e Régiment d’Infanterie (« les Diables Rouges »), proche du port d’Alger.
Pour des raisons que j’ignore, j’ai été détaché de ce régiment comme officier adjoint du directeur du camp.
Nous avons créé une école, un jardin d’enfants, une pouponnière, une infirmerie… La sécurité était assurée par le 152e RI, sous le commandement du colonel Joana.
Les effectifs ont dépassé les 1 000 personnes.
En attendant leur départ, les harkis furent employés à l’amélioration des conditions de vie du camp.
Chaque semaine, deux bateaux spécialement affrétés embarquaient environ 600 personnes. Ainsi, plusieurs dizaines de milliers de harkis et leurs familles ont pu être transférés en métropole depuis Zéralda.
Une mission discrète
Nous dépendions directement de l’État-Major à Alger. Nos interlocuteurs étaient notamment les généraux Lemasson et Massignac.
Le commandant supérieur des Forces armées françaises en Algérie, le général Michel de Brébisson, décida de cette mission.
Bien entendu, celle-ci dut être couverte par le Premier ministre Georges Pompidou, puisqu’il fallait organiser l’accueil des familles en métropole.
Mais elle resta confidentielle. C’est pourquoi, de nos jours, beaucoup d’enfants ou petits-enfants de harkis ignorent que leurs parents ont été sauvés grâce à l’Armée et à une poignée d’officiers restés fidèles à l’honneur et à leur engagement.
« Fier d’avoir contribué à cette action en tant que militaire, je tenais à en témoigner au cours de cette journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives. »
— Jacques Vogelweith